18 avril 2006
témoignage
Impressions sénégauloises
réflexion

Malgré tous les reportages vus et revus, l’Afrique reste pour nous, Occidentaux, un autre monde à découvrir …

Pour apprécier le Sénégal, il nous faut laisser au fond de nos bagages, nos certitudes, nos préjugés, nos montres et ouvrir notre cœur avec solidarité. Le soleil, la mer, les baobabs, la danse au son des djumbés, la joie de vivre et le sourire des enfants nous font oublier la réalité.

En visitant l’île de Gorée, face au port de Dakar, comment ne plus penser au calvaire des quinze millions de noirs vendus par des blancs comme esclaves durant trois siècles .

enfer Notre aide est principalement orientée vers l’éducation et la santé : « une goutte d’eau dans un océan de besoins » diront les uns, « de riches rencontres et des partages solidaires » diront les autres. Le Sénégal est attachant par l’accueil reçu, la gentillesse, le sourire des personnes rencontrées, le charme et la beauté des paysages.

Les livres et les fournitures scolaires que nous apportons font le bonheur des élèves et des instituteurs. Avec beaucoup de courage et peu de moyens, les enseignants font tout leur possible pour éduquer les enfants dans des classes surchargées (100 élèves pour une enseignante dans une classe de CP [1]). Les tableaux noirs, la craie, les vieilles tables usées et les chansons françaises telles que « Frère Jacques » « Au clair de la lune » « La Marseillaise », nous rappellent notre enfance dorée !

La visite de plusieurs centres de santé nous pose questions : pas d’eau, pas de WC, pas d’électricité, peu d’hygiène, peu de personnel compétent, peu de médicaments …. Dans un hôpital d’une ville de 20 000 habitants, pas de draps sur les lits, la toiture est effondrée par endroits et les malades sont sous des tentes de l’armée mises en place dans la cour de l’hôpital.

La visite du dispensaire de Nianing nous redonne confiance car il semble mieux équipé et plus fonctionnel.

Le fatalisme et l’inertie habituelle nous interrogent souvent et nous laissent perplexes.

Les 12 heures d’attente aux douanes de Dakar pour récupérer un de nos trois containers et les visites dans les hôpitaux annulées au dernier moment, nous laissent cependant un goût d’amertume.

Pour faire vivre une ONG telle que « Chênes et Baobabs », on ne peut imaginer le bénévolat, l’énergie, l’obstination qu’il faut avoir en réserve ! Il est certain que pour avancer, il est nécessaire de suivre les opérations menées sur plusieurs années en étant présent régulièrement afin de s’assurer de la destination du matériel apporté.

Même en développant le tourisme solidaire, l’Afrique s’éveillera t-elle un jour ?

Resterons-nous des « toubabs-cadeaux » répondant aux discours bienveillants des autorités locales et aux sourires des enfants ?

Même en nous brûlant les yeux en admirant la merveilleuse lumière du soleil couchant sur la forêt de baobabs de Nguekokh, nous n’avons pas de réponse.

Anne-Marie et François HUBERT

[1] cours prép


- voir aussi site senegal.com