7 octobre 2006
Au restaurant,… de la poésie, le 6_10_06
Ambiance africaine
Léopold Sédar Senghor s’impose.

Bonsoir,

Ce soir, nous sommes nombreux à nous retrouver ici, au St-Georges, attirés par l’Afrique thème de la soirée. Chez nous tous, il y a, c’est sûr, un désir d’Afrique(et il va sans doute monter dans les mois à venir au fur et à mesure que la température va baisser … !).

Pour certains d’entre nous, c’est d’abord un désir de soirée festive, musicale, avec les instruments et , peut-être, les mélodies africaines, sur fond de ceebu jëm sénégalais et autre surprise de bonne cuisine. Ce qui est déjà un superbe programme.

Pour d’autres, il y a aussi un désir de rencontre et de partage avec des personnes qui aiment l’Afrique , qui vont en Afrique, et qui parfois - soutiennent , mènent des actions de solidarité avec les Africains. Et avec le Sénégal. Ainsi l’association Chênes et Baobabs dont je fais partie et que je vois en force,ici,ce soir.

Si vous le souhaitez, vous pourrez parler avec eux de l’acheminement et de la distribution du matériel médical au Sénégal, du tourisme solidaire, du parrainage d’enfants déscolarisés, du soutien d’un GIE d’artisans et de bien d’autres choses encore. Peut-être les rejoindre sur l’un ou l’autre de ces terrains. Tout cela serait suffisant.

Mais ce soir, j’émets un désir de plus : je profite de l’opportunité de ce repas pour essayer de vous transmettre, déjà grâce à un poème,un peu de la magie de la parole poétique d’un grand Sénégalais …Léopold Sedar Senghor.

Je vais vous dire quelques mots sur Léopold Sedar Senghor,

cette année 2006 est l’anniversaire de sa naissance -Senghor est né en effet en 1906- et c’est aussi pour cela nous sommes l’année du centenaire de sa naissance que j’ai voulu vous en parler ce soir…

LEOPOLD SEDAR SENGHOR

Président, 20 ans de présidence du Sénégal, depuis l’année 1960, année de l’indépendance jusqu’à l’année 1980, année de passation du pouvoir à Abdou Diouf qui lui-même passa la main démocratiquement à Abdoulaye Wade, l’actuel président du Sénégal.

Poète, poète français, poète africain,

j’ai envie de dire poète africain surtout, même s’il a écrit en langue française et qu’il fait partie de notre Académie française, depuis 1983, car il parle de la beauté de l’ Afrique , des musiques de l’Afrique, de l’histoire de l’Afrique, des souffrances de l’ Afrique , et de son espoir…comme seul un Africain sait en parler Apôtre de la négritude c’est -à- dire des valeurs de la civilisation noire et de son aptitude à l’Universel, et, avec d’autres, Acteur de la francophonie, cet espace de communication privilégié de 63 états unis dans une langue commune, le français(parmi eux,le Sénégal, où le français reste la langue officielle, c’est-à-dire la langue d’enseignement, la langue de l’écrit,la langue administrative et la langue de l’international).

Son nom,ou plutôt ses 3 noms, Léopold Sédar Senghor , c’est déjà tout un poème, déjà un brassage de cultures, déjà une approche de cette civilisation de l’universel à laquelle il nous conviait :

Senghor, qui lui vient de son père Diogole Basile Senghor,ancêtres liés aux rois du Siné (le Siné Saloum c’est une belle région du Sénégal avec delta marais salants paturages ) vient du portugais senhor, et renvoie à un premier brassage celui des Portugais et des Sénégalais, les Portugais ,les premiers découvreurs européens et malheureusement aussi trafiquants, du Sénégal , au 15 ème siècle…

Sédar , son 2 ème nom,renvoie à une autre identité, un autre brassage, sérère celui-là, car sédar, en sérère, signifie celui qu’on ne peut humilie (les Sérères sont l’une des multiples ethnies du Sénégal, à côté des Diolas, des Peuls, des mandingues, des Toucouleurs, des Bassaris ; les sérères, chrétiens, se sont réfugiés dans le Saloum il y a longtemps devant l’invasion des Toucouleur d’obédience islamique),

et Léopold ,son nom de baptème, renvoie à la religion catholique dans laquelle il a été élevé , catholique avec la mère, animiste avec l’oncle !!!

Tout petit Senghor a bu la potion de l’universel ! Donc longue vie à ses poèmes et à ses idées !

Thiaroye

Ce soir, j’ose aussi Thiaroye- grave sujet, et j’espère que vous n’allez pas m’en vouloir..

En effet Tyaroye c’est un sombre souvenir de l’histoire encore récente de la France,la seconde guerre mondiale . A Thiaroye, des Sénégalais qui venaient de combattre en France pour libérer la France à Thiaroye , des Sénégalais sont tombés sous les balles de militaires français.

Que s’est-il donc passé à Thiaroye en décembre 1944 ?

L’état français venait d’exécuter le rapatriement forcé de 1280 tirailleurs sénégalais et prisonniers de guerre qui s’étaient bien battus. À Hyères, à Toulon, à Marseille.. On a appelé cela le blanchiment de l’armée française. Les politiques souhaitaient entre autres raisons montrer l’image que c’était des Français de l’Hexagone qui libéraient le sol français !

Un soir de décembre 1944 dans la nuit du 1er au 2 ces tirailleurs débarqués à Dakar et réunis dans le camp de transit de Thiaroye sur mer à 15 km du centre de Dakar se sont révoltés,ils réclamaient leur solde non payée,ils séquestrent un général et finissent par obtenir ce qu’ils demandent, mais ils veulent s’emparer d’armes et c’est le drame … Les militaires français leur tirent dessus : 35 seront tués,plus d’une centaine de blessés… 34 insurgés seront inculpés et condamnés à 10 ans d’emprisonnement… Si Thiaroye est passé à la trappe de notre histoire qui préfère les épisodes plus glorieux, beaucoup de Sénégalais se souviennent de Thiaroye et c’est pour eux, pour le souvenir de ceux qui ont disparu, cette nuit, que l’on va écouter Thiaroye. F. L.